mercredi 4 mars 2020

C'est l'heure.

C'est le midi, le milieu de l'après-midi, ou le début de soirée. Comme à n'importe quel autre moment de la journée, les gens s'affairent, on parlemente ou on se presse au supermarché, de la musique orientale populaire s'échappe des boutiques ou des taxis.
Tout à coup, une voix s'élève. Puis une autre. Bientôt un fascinant concert résonne dans le quartier. Un chant mystérieux amplifié par un microphone de plus ou moins bonne qualité se fait entendre partout. 
Un calme relatif se fait. Le chauffeur de taxi coupe la musique populaire. A la radio et à la télévision, les programmes sont tous interrompus pour laisser place à une vidéo illustrant ce même chant diffusé partout. Au travail, les hommes relèvent leurs manches et vont faire leurs ablutions dans les toilettes. De nombreux autres convergent vers un même lieu, où qu'ils se trouvent en Egypte : la mosquée la plus proche. 

C'est l'appel à la prière, qui se fait ainsi entendre cinq fois par jour, selon un rituel précis et presque immuable. La voix du muezzin rythme les moments forts de la journée, imperturbable, et l'on prend l'habitude de connaître approximativement l'heure qu'il est lorsqu'il se fait entendre. Au début, l'on court le risque qu'il interrompe notre sommeil peu habitué aux alentours de cinq heures du matin. Et puis très vite, il fait partie de notre quotidien à nous aussi, et l'on se surprend parfois à s'arrêter sur les marches devant l'immeuble pour écouter cette voix qui semble monter vers le ciel, réverbérée par les bâtiments autour. Le chant est souvent mélodieux, presque mystique. Lorsque le soleil est en train de se coucher, et que les muezzin du quartier entonnent tour à tour l'appel à la prière, c'en est presque magique.

Et lorsque la voix se tait, le calme revenu, l'on a parfois un peu l'impression d'avoir assisté à un moment unique, qui se répète pourtant inlassablement plusieurs fois, tous les jours, dans un pays où la spiritualité fait partie intégrante de la vie quotidienne.

jeudi 20 février 2020

#HistoiresExpatriées : La joie

J'inaugure une nouvelle catégorie aujourd'hui en participant pour la première fois à #HistoiresExpatriées, un rendez-vous mensuel créé par Lucie du blog L'Occhio Di Lucie qui propose à des blogueurs de traiter un thème différent chaque mois. En ce mois de février, les marraines sont Amélie et Laura du blog Ciccia & Cerva, toutes les deux expatriées à Turin, en Italie.



Le thème de ce mois, c'est la joie. Un thème qui ne pouvait pas mieux tomber pour ma première participation. La joie, c'est le sentiment qui m'habite le plus depuis mon arrivée au Caire en octobre dernier.

A vrai dire, je me sens presque atteinte d'une maladie étrange. Je ressens une sorte d'euphorie en quasi-permanence, et cette sensation me fascine de jour en jour. Pourquoi donc suis-je tellement heureuse ici, plus qu'avant, plus qu'ailleurs ? Creusons un peu.

Le rêve 


Je ressens d'abord une joie immense d'avoir accompli un vieux rêve. L'Egypte, c'est la fascination de la jeune Emilie de 13-14 ans, quand elle était encore au collège et qu'elle mémorisait les noms des dieux antiques ou expliquait à qui voulait l'entendre la géographie des plus célèbres villes et temples de l'empire égyptien. J'ai forcément eu envie de venir ici, mais mon désir d'Egypte a été naturellement supplanté par la découverte du Japon, qui a pris une place énorme dans ma vie. Je n'ai cependant jamais abandonné cette vieille envie de voir l'Egypte et je n'ai jamais oublié tout ce que j'en avais appris. Ce pays a continué de me fasciner "en arrière-plan", et j'attendais patiemment la bonne occasion de franchir le cap. J'ai failli venir faire un stage au Caire en 2012, mais à cause de la révolution qui venait d'y avoir lieu j'ai jugé plus sage de ne pas tenter l'aventure. J'ai rongé mon frein pendant encore plusieurs années avant de tomber sur cette offre providentielle, de candidater et d'être sélectionnée. Ça a commencé comme une blague, et cette idée qui ne semblait pas si sérieuse est devenue la plus aventureuse de mes décisions jusqu'ici. Me voici enfin à vivre en Egypte, et il est probable qu'une petite vingtaine d'années à adorer discrètement, secrètement ce pays pour son histoire millénaire ne soient pas étrangères à la joie que je ressens ici.

Des pharaons aux califes



L'une des premières raisons à ma joie d'être en Egypte, c'est donc sa formidable histoire. L'émotion que me procure chaque visite de monument ancien, de vestige d'une époque si lointaine, est difficile à décrire. C'est toujours fou de se dire que c'est encore là, témoin de ce que les hommes ont cru, pensé, voulu laisser. Un défi au temps qui passe que les anciens Égyptiens ont réussi à relever. 
Mais ce serait se fourvoyer que de voir ce pays à travers le seul prisme de sa plus ancienne civilisation. Après être passée par plusieurs étapes différentes, elle est depuis devenue une terre musulmane, un berceau de spiritualité qui offre au regard ses anciens palais et une profusion de mosquées d'époques diverses, dont les minarets ciselés façonnent le paysage d'une manière qui me plaît beaucoup. Le paysage de l'Egypte moderne, et surtout au Caire, bien que souvent bruyant et passablement laid par endroits à cause de ses immeubles aux couleurs fades qui se ternissent encore plus au fil du temps, à cause aussi de ses embouteillages infinis et de son désordre apparent, offre pourtant de petits trésors d'architecture au détour des rues. Et c'est devenu un passe-temps pour moi de partir à leur recherche.



Le travail

Ma vie au Caire est rythmée par un quotidien incroyablement "banal", centré principalement autour de mon travail. Je suis professeur de français dans un institut de langue militaire, et je donne cours environ 4 heures par jours du samedi au mercredi. Je consacre énormément de temps et d'énergie à ma profession, car je passe aussi beaucoup de temps à préparer mes cours à la maison. Il arrive très souvent que, bien que finissant à 14h40 chaque jour, je rentre docilement à la maison, fasse une petite sieste et me dévoue à la préparation de cours ou d'autres missions pédagogiques jusque tard dans la soirée - en procrastinant un peu ou beaucoup en même temps, naturellement. 
Et pour tout dire, cela me convient parfaitement. J'adore ça. Je me suis rendu compte récemment que mon métier était le baromètre de mon état d'esprit général : quand je suis heureuse et sereine au travail, je le suis dans le reste de ma vie. Je pense que le moteur principal de tout cela, c'est cette envie fondamentale de transmettre tout ce que je peux à mes étudiants, et à créer un rapport équilibré dans lequel ils apprennent autant que j'apprends d'eux. Et il se trouve que mes étudiants égyptiens sont parmi les étudiants les plus intéressants que j'aie eu l'occasion d'avoir. Ils m'apportent une énergie démesurée et c'est un immense plaisir de résoudre avec eux les mystère de la langue de Molière, complexe mais jamais totalement hors de leur portée grâce à leurs très bonnes capacités. J'aurai l'occasion d'en reparler.

La joie des Égyptiens 


Comment ne pas se sentir bien et heureux dans un pays où les gens ont le sourire aux lèvres presque toute la journée et affrontent les éventuelles difficultés avec un humour à toute épreuve ? 
Les Égyptiens sont réputés pour leur capacité à plaisanter très facilement sur tous les sujets de la vie, alors même que pour beaucoup d'entre eux dans ce pays la vie est loin d'être simple. Bien sûr, en habitant dans la capitale, je ne suis pas confrontée à tout ce que cette phrase signifie, mais j'en ai eu une petite idée au fil de mes voyages en dehors du Caire. 
Au quotidien, les sourires et les blagues de mes collègues et amis sont irrésistibles et communicatifs. Je suis persuadée d'être devenue bien plus blagueuse qu'avant depuis que j'habite ici, et je suis contaminée par leur bonne humeur. 
J'ai eu l'occasion de rencontrer d'autres personnes en dehors du travail, bien sûr, et j'ai même eu le privilège de passer un week-end à la campagne chez une famille égyptienne. On vous dira peut-être que les Égyptiens, en plus d'être d'un tempérament joyeux, sont d'une générosité incroyable. Sachez que ceci est un doux euphémisme - et ça aussi, il faudra que j'en reparle. Il y a aussi un aspect qu'il est important de mentionner : une écrasante majorité des Égyptiens accorde une très grande importance à la foi dans leur vie, et cela transparaît dans leur attitude et leurs actions : leur forte spiritualité façonne leur façon d'être et leur philosophie de la vie, et leur grande générosité est renforcée par cela.
Une chose est sûre : ça fait un bien fou d'être au contact de gens comme ça.

En musique !


En Egypte on aime chanter et danser ! Pour s'en convaincre, il suffit de déambuler dans les souks, les cafés populaires ou simplement passer à côté d'un magasin quelconque ou d'un groupe de jeunes dans la rue. On entend souvent la musique orientale à fond dans les voitures qui passent. Les morceaux anciens comme modernes sont rythmés par les percussions comme la tabla  (darbouka égyptienne) et sont irrésistiblement dansants. Beaucoup de mes collègues fredonnent régulièrement au travail et certains sont de vrais pros de la chanson orientale. 
Dans le métro, surtout le matin, la radio est diffusée par intermittence dans les stations et des chansons modernes se font entendre jusqu'aux quais, ce qui fait qu'il m'est impossible de partir travailler déprimée !


Le contraste


Pour finir, je dois replacer les choses dans une certaine perspective. Il faut savoir que je viens de passer deux ans au Japon avant de venir en Egypte. Je vivais dans des conditions bien différentes d'ici, et j'y ai évidemment vécu des expériences formidables et je n'ai qu'une hâte : y retourner bien vite. Mais avec le recul je me rends compte d'une chose : le rythme de travail au Japon m'avait quelque peu essoufflée. J'avais moins cette flamme qui m'habite aujourd'hui quand je fais cours. J'avais aussi plus de doutes et d'incertitudes. J'avais aussi, peut-être, envie de quitter un moment le côté prévisible et bien organisé de la vie à la japonaise, d'autant plus que je sais que je vais y revenir pour quelques temps dans le futur. Maintenant je crois pouvoir dire que j'avais besoin de cette grande différence, de ce contraste entre le Japon et le pays dans lequel je vis maintenant : le désordre, la gaieté affichée, la débrouillardise, l'aventure. Et aussi, surtout, une charge de travail moins importante qui me permet de donner le maximum. 

En résumé, l'Egypte m'apporte pour l'instant une joie immense qui me laisse déjà penser que la quitter en juin prochain ne sera pas chose facile... 
Alors je continue d'en profiter jusqu'au bout.


Cet article vous a plu ? Alors allez jeter un oeil à toutes les participations du mois répertoriées ici en fin d'article !

mercredi 12 février 2020

mercredi 29 janvier 2020

Petites nouvelles

Par principe, je ne voulais pas écrire d'articles sans photos. Je n'aime pas trop écrire un blog sans illustrer. Le problème récurrent dans mon cas, c'est que je prends des photos avec un appareil reflex qui produit des fichiers de plusieurs mégaoctets très longs à charger... et cela me décourage d'avance.
Et je pense toujours à plein de choses à raconter ici mais je ne le fais pas.
Il est temps de remédier à cela !

Le temps défile à une allure folle. Déjà 4 mois au Caire. Je ne m'y fais pas, il s'est déjà passé tant de choses et j'ai l'impression d'être là depuis bien plus longtemps. Début janvier, j'ai voyagé à Assouan, ville coup de cœur à laquelle je me dois de consacrer un article... avec photos, évidemment, c'est trop beau pour ne pas être partagé.
L'hiver est bien installé, et si dans la journée il fait bon au soleil (il fait dans les 14 degrés maximum) le soir les maisons et appartements se rafraîchissent d'un coup. J'en suis à me balader en simple gilet dans la journée, et à enfiler un sweat puis à enrouler un plaid autour de moi le soir. Au travail, c'est pire, car nos salles de classe et notre bureau sont exposés au nord, et il y fait froid toute la journée. Le froid transperçant des bâtiments mal isolés. Quand je dis froid, on parle de températures au dessus de 10°C, mais la sensation est très désagréable. En cela, je retrouve une forte ressemblance avec le Japon... et autant dire que cet aspect-là ne me manquait pas !

Je profite d'un mois de janvier plutôt casanier, avec quelques découvertes au Caire mais à un rythme peu soutenu. Je compte bouger un peu plus en février... et j'ai d'ores et déjà une croisière sur le Nil prévue en avril !
Tant d'opportunités photos en perspective... j'ai hâte !

mercredi 15 janvier 2020

lundi 6 janvier 2020

Les fêtes en Egypte

Massa el-kheir !

Tout d'abord, bonne année 2020 à tous. Ou comme on dit ici, "kull sanah wi intu taibiin" ("Que vous alliez bien toute l'année") !

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, un troisième mois s'est écoulé et j'ai toujours autant l'impression d'être prise dans un tourbillon tant le temps passe vite.
En ce mois de décembre j'ai principalement travaillé et vu les températures descendre de plus en plus pour s'arrêter autour de 15°C maximum dans la journée ces derniers jours. Il fait toujours beau, le soleil est bien là la plupart du temps, mais le soir tout bascule dès le coucher du soleil. Et il ne fait pas seulement "frais" puisque je me balade avec un plaid sur les épaules dans la maison :P 

Dans ces conditions vraiment différentes de la majorité des pays où j'ai vécu jusqu'à présent, mon cerveau a semble-t-il eu un peu de mal à suivre. Plus exactement, je n'ai pas ressenti l'arrivée de la période des fêtes comme d'habitude. Jusqu'au 24 décembre, mon quotidien n'a pas du tout changé, à l'exception de quelques décorations de Noël aperçues au hasard dans des restaurants ou boutiques et d'un déjeuner dans un café situé dans un grand centre commercial où se trouvait un immense sapin de Noël. Ainsi, au Caire, cette fête est donc présente avant tout dans les lieux de consommation, où on y va franco avec force illuminations, bonnets de Noël et traîneau avec rennes.







Il m'a fallu pourtant attendre le réveillon pour tout à coup passer en "mode Noël" car j'avais la grande chance d'avoir mon amie Maëva avec moi pendant une semaine. Pour fêter dignement ce jour, il fallait marquer le coup. Nous avons attendu bien sagement que j'aie fini de travailler pour nous ruer au supermarché puis au centre commercial, avec une seule mission : nous approvisionner pour notre repas de Noël et recréer l'ambiance de Noël en admirant les décorations ! 









Nous avons décidé de notre menu en cours de route : notre première lubie a été d'acheter de quoi faire des sablés de Noël selon une recette de Maëva. Il nous ont occupées une grande partie de la soirée, avec une playlist de Noël en fond sonore histoire de bien se mettre dans l'ambiance. Le repas s'est finalement composé ainsi : canapés de houmous à la betterave ou au saumon fumé, poulet aux haricots verts et aux pommes de terre sautées, et une myriade de desserts entre l'énorme gâteau que j'ai voulu acheter (dans le genre "j'assume ma gourmandise"...), les sablés et les Ferrero Rocher et les chocolats Lindt pour compléter le tout !
Autant dire que nous avons bien trop mangé mais que c'était parfait.





Le lendemain matin, il me restait une énorme moitié de gâteau et j'ai décidé de l'emmener au travail pour la partager avec mes collègues. Mais une question est venue me tarauder pendant tout le trajet : et s'il s'agissait d'un impair ? Et si mes collègues, tous musulmans, se trouvaient gênées de partager un gâteau de fête un 25 décembre ? C'était peut-être stupide mais j'avais peur qu'ils croient que j'y mettais une symbolique religieuse qui n'allait pas de pair avec la leur. J'ai failli croire que j'avais raison de m'inquiéter car au début le gâteau n'a pas semblé attirer l'appétit de grand-monde. J'ai insisté en plaisantant sur le fait que c'était pour qu'ils m'aident à le finir et que c'était "juste un gâteau" que j'avais apporté. L'un de mes collègues a dû sentir quelque chose, je ne sais pas, mais il s'est mis à insister pour que nous le partagions immédiatement car "on est comme de la famille". J'ai été touchée par ce geste. Au final, les sablés que j'avais également apportés et le gâteau n'ont pas fait long feu et le 25 décembre a été une chouette journée.

Dans les jours qui ont suivi, tout en faisant un peu de tourisme dans la ville, je n'ai pas arrêté de me demander comment j'allais passer le réveillon du 31 décembre. Je m'intéressais vaguement à un compte à rebours avec un petit feu d'artifice qui est organisé chaque année dans un centre commercial un peu éloigné, mais sans grande conviction en sachant que je serais seule. A partir du moment où j'ai eu la confirmation que j'allais travailler le lendemain, j'ai abandonné tout projet : en admettant que je sorte, je ne savais pas combien de temps il me faudrait pour retrouver un Uber et pour rentrer jusque chez moi par la suite. Je suis donc restée sagement à la maison et ai préparé mes cours et d'autres projets comme chaque soir. 
A 10 minutes de la nouvelle année, j'ai allumé la télé histoire de voir ce qu'il s'y passait. Et là, la révélation. Mes étudiants m'avaient déjà souhaité "Joyeux Noël !", ce qui avait éveillé mes soupçons plus tôt dans la journée, mais là tout s'éclairait : tous les plateaux télé étaient recouverts de sapins décorés, de boules de Noël, de bonnets rouges... les Égyptiens fêtent Noël le 31 au soir !







Le temps d'un petit compte à rebours et il était minuit. Après quelques souhaits de bonne année à ma famille et des amis connectés sur Facebook, il était déjà plus d'une heure du matin quand je me suis décidée à aller me coucher. Et c'est finalement avec une boîte de Quality Street, achetée au cas où un peu plus tôt la veille, que j'ai souhaité une bonne année à mes étudiants. Si j'avais su, j'aurais refait des sablés...

Voilà pour mes premières fêtes de fin d'année en Egypte !

lundi 30 décembre 2019

Photo de la semaine


Le soleil décline lentement derrière la mosquée Al-Azhar, l'une des plus connues et des plus fréquentées du Caire.